Le jour où j’ai cessé de tenir bon

Le jour où j'ai cessé de tenir bon

Ce texte peut résonner si…
Vous avez tenu longtemps, parfois trop longtemps, jusqu’à ce que le corps ou l’esprit dise stop.

Il aborde l’épuisement, le burn-out, le moment où continuer n’est plus possible.
Il invite à reconnaître les signaux d’alerte sans honte, et à envisager l’arrêt comme un geste de survie.

À lire si…
Vous traversez une fatigue profonde ou si vous avez besoin de vous sentir moins seul-e face à l’effondrement.

Temps de lecture estimé : 6–8 minutes
Lecture introspective

Il y a des périodes de vie où tout semble vaciller. On croit tenir bon alors qu’en réalité, on se consume à petit feu.
C’est ce que j’ai vécu en 2023.
Ce que j’ai longtemps refusé de nommer, jusqu’à ce que mon corps et mon esprit décident de tirer la sonnette d’alarme.
Voici mon histoire. Celle d’un épuisement, mais aussi — avec le recul — d’une renaissance.

L'avant
Rentrée 2023.

Après une rupture sentimentale douloureuse qui s’éternisait depuis plus d’un an, et un nouveau travail qui m’a plus d’une fois laissée choquée, outrée, nauséeuse ou scandalisée, je retrouvais enfin un peu d’énergie grâce à un retour aux sources et à des vacances en famille.
Je m’apprêtais à déménager, à amorcer — encore une fois — un nouveau départ.

L’automne arrivait. Je me faisais un nid douillet, cosy, accueillant.
Mais je dormais mal. De plus en plus mal.
Les jours passaient, les insomnies s’accumulaient, avec elles une dette de sommeil impossible à combler.
J’avais souvent les larmes au bord du cœur, mais je faisais bonne figure, surtout au travail.
Je ne m’autorisais que de rares confidences à quelques amies.

La basculement

Un matin de décembre, après des mois à lutter contre l’épuisement, les insomnies et un environnement professionnel de plus en plus délétère, j’ai craqué.
Un différend avec mon supérieur la veille avait mis le feu aux poudres, et ce matin-là, cette évidence : non, je ne pouvais plus faire semblant.
Impossible de retourner travailler.

J’ai atterri dans le cabinet de mon médecin.
Au moment d’expliquer les raisons de ma visite, j’ai fondu en larmes. Épuisée.
Incapable d’aligner trois mots sans sangloter.
Le désarroi dans lequel je me trouvais m’a surprise.
Je me savais fatiguée, nerveusement vulnérable peut-être, mais jamais je n’aurais imaginé être arrivée au bout du bout… jamais.

Mon médecin m’a arrêtée dix jours, juste avant les vacances de Noël.
Elle m’a prescrit des anxiolytiques :
« Le plus urgent, c’est de dormir. Une fois reposée, on fera le tri. »

J’étais à fleur de peau.
J’ai pris les anxiolytiques. J’ai dormi.
J’ai passé les fêtes en famille.

Et puis, j’ai pris une décision radicale : couper ma crinière bouclée, celle qui m’accompagnait depuis des années.
Quand on m’a demandé pourquoi, j’ai simplement répondu :
« J’ai lu que les cheveux gardaient les souvenirs —
les bons comme les mauvais. »

L'effondrement

Le 2 janvier 2024, j’étais de retour à mon poste.
Mon supérieur m’a convoquée pour m’accuser sans détour d’avoir abandonné l’équipe, d’avoir fait un caprice.

Trois jours plus tard, le 5 janvier, j’ai fait ma première crise de tétanie, suivie d’une crise d’angoisse, sur mon lieu de travail.

Les pompiers ont dû intervenir.

Lorsque le directeur de l’agence m’a demandé ce qu’il s’était passé, je lui ai raconté l’échange que j’avais eu avec mon N+1.
Sa seule réponse :
« Tu te trompes, il n’est pas comme ça ! »
Je me savais donc seule face à ma hiérarchie.

Mon médecin a alors prononcé ce mot lourd de sens : burn-out.
Elle m’a prescrit des antidépresseurs et a souhaité m’arrêter, à plusieurs reprises, à chacun de nos rendez-vous pour être exacte.
J’ai refusé, systématiquement.

Elle m’a expliqué plus tard que ce refus obstiné est typique des personnes en burn-out — travailler jusqu’au point de non-retour.

En mai 2024, j’allais mieux. Le traitement a été diminué.
Mais ce fameux point de non-retour, je l’ai atteint en juillet.
Deux jours après mon arrêt de travail, j’ai reçu un mail de la direction, me soupçonnant de simuler un état de fragilité pour bénéficier de vacances prolongées.
Des collègues — des amis, même — me tenaient informée que la direction cherchait par tous les moyens à prouver ma faute, quitte à accéder à ma messagerie professionnelle ou à guetter le renouvellement de mon arrêt de travail.

Je n’ai jamais remis les pieds dans cette entreprise, sauf pour signer une rupture conventionnelle en octobre 2024.

Le tournant

En septembre 2024, j’ai quitté le suivi de mon médecin traitant pour celui de mon psychiatre actuel.
Une rencontre déterminante, à la fois sur le plan sanitaire et personnel.
C’est une personne profondément humaine, bienveillante et d’une rare compréhension.

Il m’encourage à chaque progrès, célèbre mes victoires et me rassure après chaque échec — qu’il ne considère jamais comme tel, d’ailleurs.

Il est primordial de s’entourer de professionnels de santé qualifiés.
Pour ma part, ils ont été mes premières bouées et sont à présent des repères dans mon évolution et ma guérison.

Mon oasis dans le désert

Durant tout ce temps, les vêtements ont été mon refuge.
D’abord, au travail, parce qu’ils m’aidaient à faire illusion — c’est sans doute à cette période que j’ai composé mes plus belles tenues.

Puis, quand j’ai cessé de travailler, ils sont devenus comme des bras de réconfort.
Privée de repères, de routine, d’obligations, je me suis lovée dans des habits doudou, doux et rassurants.
Ils m’ont aidée à tenir bon.

Aujourd'hui

Aujourd’hui, je ne suis plus la même.
Je n’ai pas retrouvé « celle d’avant », et je crois que je ne le souhaite pas.
J’ai appris à écouter les signaux faibles, à m’arrêter avant qu’il ne soit trop tard, à accepter de ne pas toujours être forte.
J’ai aussi compris que se reconstruire prend du temps — un temps qui ne se mesure pas en semaines d’arrêt, mais en saisons intérieures.

Et surtout, j’ai compris une chose essentielle : le burn-out n’est pas une faiblesse.
C’est une alarme.
Un cri du corps et du cœur pour rappeler que l’on ne peut pas vivre durablement contre soi-même.

Un mot pour vous

Si vous vous reconnaissez dans ces mots, sachez que vous n’êtes pas seul-e.
Parler, demander de l’aide, s’arrêter : ce n’est pas renoncer, c’est se sauver.

Et un jour, vous verrez — après la tempête, il y a toujours une forme de renaissance.
Différente, plus lente peut-être, mais infiniment plus vraie.

Quand la fragilité s’installe dans le quotidien, il devient parfois nécessaire de recréer des repères simples.
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Note aux lectrices et lecteurs :
Ce texte témoigne d’un vécu personnel.
Il ne se substitue pas à un accompagnement médical ou thérapeutique.

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Ecouter son corps au quotidien